Les souffrances endurées indemnisent le vécu douloureux, physique et psychique, supporté par la victime entre l’accident et la stabilisation de son état de santé.
Ce poste fait partie des préjudices de la victime directe dans la nomenclature Dintilhac. Il correspond à l’ancien pretium doloris, expression encore utilisée pour désigner le « prix de la douleur ».
Son évaluation ne se résume pas à une note sur 7. Le médecin expert analyse le parcours de soins, les blessures, les interventions, les hospitalisations, les traitements, la rééducation, les complications et le retentissement psychologique avant consolidation.
Pour éviter une sous-évaluation, ce vécu doit être décrit avec précision et appuyé par les pièces médicales utiles.
À retenir : ce poste couvre le vécu douloureux supporté jusqu’à la consolidation. Les gênes ou symptômes persistants après cette date doivent être rattachés à d’autres postes, notamment au déficit fonctionnel permanent, lorsque les conclusions médicales le justifient.
Que recouvrent les souffrances endurées ?
Les souffrances endurées regroupent les atteintes physiques et psychiques ressenties pendant la maladie traumatique, c’est-à-dire entre le fait dommageable et la consolidation.
Cette période peut commencer après un accident de la route, une agression, une erreur médicale, une chute, un accident sportif ou tout autre événement ayant causé un dommage corporel.
Le poste peut couvrir les douleurs liées aux blessures elles-mêmes, aux opérations, aux soins, aux pansements, aux immobilisations, aux séances de rééducation, aux complications médicales ou au choc psychologique provoqué par l’événement.
Il ne répare pas l’ensemble des séquelles définitives. Celles-ci relèvent d’autres rubriques de la nomenclature, notamment le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d’agrément ou le préjudice sexuel selon les cas.
Pour replacer cette rubrique dans l’ensemble de la réparation du dommage corporel, vous pouvez consulter la page consacrée à la nomenclature Dintilhac.
Souffrances endurées et pretium doloris : quelle différence ?
Le terme pretium doloris est une ancienne expression latine. Elle reste connue des praticiens et du public, mais la nomenclature Dintilhac emploie aujourd’hui l’expression « souffrances endurées ».
Cette formulation invite à décrire concrètement ce que la personne blessée a supporté pendant la phase traumatique : douleurs physiques, souffrance morale, traitements lourds, inquiétude, opérations, immobilisations, rééducation et retentissement psychologique.
L’objectif n’est pas d’indemniser une douleur abstraite, mais de tenir compte du parcours réel de la victime jusqu’à la stabilisation de son état de santé.
Une indemnisation limitée à la période avant consolidation
La consolidation correspond au moment où l’état de santé est considéré comme stabilisé. Cela ne signifie pas nécessairement une guérison complète : des soins, des gênes ou des séquelles peuvent subsister.
Cette date est essentielle, car elle sépare les préjudices temporaires des préjudices permanents. Les souffrances endurées concernent la phase antérieure à cette stabilisation.
Après consolidation, les douleurs persistantes ne sont pas ignorées. Elles doivent toutefois être discutées dans le bon cadre, notamment au titre du déficit fonctionnel permanent si elles entraînent une gêne durable dans la vie quotidienne.
À ne pas confondre : ce poste concerne la phase avant consolidation. Les symptômes qui persistent ensuite doivent être analysés dans d’autres rubriques, selon leur nature et les conclusions du rapport médical.
Comment l’expert apprécie ce poste ?
L’examen médico-légal permet d’apprécier l’intensité du vécu douloureux. L’expert analyse les pièces du dossier, interroge la victime, reprend le parcours médical et vérifie la cohérence entre les lésions, les soins et le retentissement décrit.
En pratique, l’appréciation s’exprime souvent sur une échelle de 1 à 7. Plus le parcours médical et psychologique a été lourd, plus le niveau retenu peut être élevé.
Cette note ne fixe pas, à elle seule, le montant final. Elle constitue un élément de discussion avec l’assureur, le fonds d’indemnisation ou le juge, selon la voie suivie.
L’échelle médico-légale de 1 à 7
L’échelle de 1 à 7 donne un niveau médico-légal indicatif :
| Cotation | Niveau retenu | Exemples de situations |
|---|---|---|
| 1/7 | Très léger | Soins simples, gêne limitée, courte phase de récupération |
| 2/7 | Léger | Atteinte modérée, soins courts, absence d’intervention lourde |
| 3/7 | Modéré | Fracture simple, immobilisation, rééducation limitée |
| 4/7 | Moyen | Hospitalisation, intervention, soins douloureux ou rééducation prolongée |
| 5/7 | Assez important | Traumatisme sérieux, interventions multiples, parcours de soins lourd |
| 6/7 | Important | Polytraumatisme, complications, longue rééducation, traitements contraignants |
| 7/7 | Très important | Atteintes très graves, parcours médical exceptionnellement lourd |
Il faut éviter de présenter cette échelle comme un barème automatique. Deux dossiers notés au même niveau peuvent donner lieu à des discussions différentes selon les circonstances, les justificatifs et la jurisprudence appliquée.
Les critères pris en compte
Plusieurs éléments influencent l’appréciation médico-légale :
- la nature et la gravité des blessures ;
- l’intensité et la durée du vécu douloureux ;
- le nombre d’interventions chirurgicales ;
- la durée des hospitalisations ;
- les complications médicales ;
- les pansements, immobilisations ou appareillages ;
- les traitements antalgiques ou médicamenteux ;
- la durée et la difficulté de la rééducation ;
- le retentissement psychique avant consolidation ;
- l’existence d’un suivi psychologique ou psychiatrique documenté.
L’appréciation doit donc être reliée à un parcours concret. Une simple mention générale de douleur ne suffit pas toujours à défendre efficacement cette rubrique.
La dimension psychologique
La réparation ne se limite pas aux atteintes physiques. Elle peut aussi tenir compte du choc psychique subi avant la stabilisation de l’état de santé : angoisse, état de stress, cauchemars, peur liée à l’accident, anxiété pendant les soins ou vécu traumatique.
Lorsqu’un suivi psychologique, psychiatrique ou médicamenteux a été nécessaire, il doit être documenté. Les certificats, prescriptions, comptes rendus et attestations peuvent éclairer cette dimension du dossier.
Pourquoi la note sur 7 ne suffit pas
La note médico-légale donne une indication, mais elle ne détermine pas automatiquement l’indemnisation.
Plusieurs facteurs interviennent : référentiel utilisé, juridiction saisie, négociation avec l’assureur, gravité du dossier, pièces produites, durée du parcours de soins, intensité des traitements et cohérence du rapport médical.
Les référentiels fournissent des repères, mais ils restent indicatifs. L’évaluation doit toujours être adaptée à la situation concrète de la personne blessée.
En pratique : la discussion ne doit pas porter uniquement sur la note retenue. Il faut vérifier si elle correspond réellement aux blessures, au parcours médical, aux complications, à la durée des soins et au retentissement psychologique.
Différence avec les autres postes de préjudices
Les souffrances endurées doivent être distinguées des autres rubriques de la nomenclature Dintilhac. Cette distinction évite à la fois les oublis et les doubles indemnisations.
Différence avec le déficit fonctionnel temporaire
Le déficit fonctionnel temporaire répare la gêne dans les actes de la vie quotidienne avant consolidation : hospitalisation, perte d’autonomie provisoire, impossibilité d’accomplir certaines activités, séparation familiale ou désorganisation du quotidien.
Les souffrances endurées visent, elles, le vécu douloureux physique et psychique supporté pendant cette même phase. Les deux rubriques peuvent donc coexister, mais elles ne réparent pas exactement la même chose.
Différence avec le déficit fonctionnel permanent
Le déficit fonctionnel permanent concerne les séquelles après consolidation : atteinte durable aux fonctions physiques, psychiques ou sensorielles, perte de qualité de vie et gêne persistante dans les actes courants.
Lorsque des symptômes douloureux persistent après cette date, ils peuvent être intégrés à l’analyse du déficit fonctionnel permanent, selon leur nature et les conclusions de l’expert.
Différence avec le préjudice esthétique
Le préjudice esthétique indemnise l’altération de l’apparence physique, temporaire ou permanente : cicatrices, brûlures, boiterie, appareillage visible, déformation ou modification du visage.
Les souffrances endurées portent sur le ressenti douloureux. Le préjudice esthétique porte sur l’apparence. Les deux peuvent être liés dans les faits, mais ils doivent rester juridiquement distingués.
Attention aux confusions avec le préjudice moral
Le terme « préjudice moral » est souvent utilisé dans le langage courant. En dommage corporel, chaque atteinte doit toutefois être rattachée au poste approprié.
Le retentissement psychique avant consolidation peut relever des souffrances endurées. D’autres atteintes, selon leur période et leur nature, peuvent relever du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d’affection pour les proches, ou d’une rubrique spécifique.
Quelles preuves réunir ?
La solidité du dossier dépend beaucoup des pièces produites. Plus le parcours médical est précis, plus la note retenue peut être discutée utilement.
- certificat médical initial ;
- comptes rendus d’urgence, d’hospitalisation et d’opération ;
- imagerie médicale ;
- ordonnances d’antalgiques, d’anti-inflammatoires ou d’autres traitements ;
- comptes rendus de rééducation ou de kinésithérapie ;
- preuves de soins douloureux ou prolongés ;
- certificats de suivi psychologique ou psychiatrique ;
- arrêts de travail et éléments décrivant la phase traumatique ;
- attestations de proches décrivant ce qu’ils ont observé ;
- journal de douleurs ou notes personnelles, lorsqu’ils sont cohérents avec le dossier médical.
Ces éléments ne remplacent pas l’analyse du médecin expert. Ils permettent toutefois de donner une vision plus complète du parcours réellement supporté.
Contester une note sous-évaluée
La note retenue peut être discutée lorsque le rapport médical paraît minimiser la réalité du parcours subi.
Il faut alors identifier précisément les éléments oubliés ou sous-estimés : intervention chirurgicale, complication, durée d’hospitalisation, soins douloureux, rééducation, traitement lourd, anxiété documentée ou suivi psychologique.
Selon le contexte, la contestation peut passer par des observations à l’expert, l’intervention d’un médecin-conseil, une demande de complément, une contre-expertise amiable ou une expertise judiciaire.
Le rôle de l’avocat dans la discussion médico-légale
L’avocat en dommage corporel intervient pour préparer la victime à l’examen médico-légal, analyser le rapport, vérifier la cohérence de la note retenue et discuter l’offre proposée.
Son rôle consiste notamment à :
- identifier les pièces médicales utiles ;
- vérifier si les atteintes physiques et psychiques ont été correctement décrites ;
- travailler avec un médecin-conseil lorsque le dossier le justifie ;
- formuler des observations en cas d’insuffisance du rapport ;
- contester une appréciation manifestement trop faible ;
- discuter le montant proposé par l’assureur, le fonds d’indemnisation ou la partie adverse.
L’objectif n’est pas de promettre un montant déterminé, mais de s’assurer que le vécu réellement supporté est pris en compte de manière complète et argumentée.
FAQ : souffrances endurées et indemnisation
Que signifie “souffrances endurées” ?
Les souffrances endurées correspondent aux douleurs physiques et psychiques subies entre l’accident et la consolidation de l’état de santé.
Quelle est la différence avec le pretium doloris ?
Le pretium doloris est l’ancienne expression latine utilisée pour désigner le prix de la douleur. Dans la nomenclature Dintilhac, on parle aujourd’hui de souffrances endurées.
Comment ce poste est-il évalué ?
Le médecin expert retient généralement une note de 1 à 7, à partir des blessures, des soins, des interventions, de l’hospitalisation, de la rééducation, du traitement antalgique et du retentissement psychique avant consolidation.
Le montant est-il automatique selon la note retenue ?
Non. La note médico-légale donne une indication, mais le montant dépend ensuite du dossier, des justificatifs, du référentiel utilisé, de la négociation ou de l’appréciation du juge.
Les douleurs après consolidation sont-elles incluses ?
Pas dans ce poste au sens strict. Les douleurs persistantes après consolidation peuvent être discutées dans d’autres rubriques, notamment le déficit fonctionnel permanent, selon leur nature et les conclusions de l’expertise.
Comment prouver les souffrances endurées ?
Il faut réunir les comptes rendus médicaux, certificats, prescriptions, preuves d’hospitalisation, comptes rendus opératoires, ordonnances d’antalgiques, suivis psychologiques, séances de rééducation et tout élément décrivant l’intensité du vécu douloureux.
Peut-on contester une cotation trop faible ?
Oui, si le rapport d’expertise ne prend pas correctement en compte le parcours médical, les interventions, les complications, les soins douloureux ou le retentissement psychique. La contestation doit être argumentée et appuyée par les pièces du dossier.
Faire évaluer les souffrances endurées par un avocat en dommage corporel
Les souffrances endurées constituent une rubrique importante de l’indemnisation du dommage corporel. Leur appréciation dépend fortement de la qualité du rapport médical et des pièces produites.
Le cabinet RSL Avocat intervient en dommage corporel pour accompagner les victimes dans la préparation de l’expertise, l’analyse du rapport et la discussion de l’indemnisation.
L’objectif est de vérifier que le vécu douloureux supporté avant consolidation est correctement identifié, décrit et indemnisé.
Contact : RSL Avocat, défense des victimes de dommages corporels
Le cabinet RSL Avocat accompagne les victimes de dommages corporels dans l’identification, la preuve et l’évaluation de leurs préjudices indemnisables.
Avocate au barreau de Paris, Raphaële Secnazi Leiba intervient pour préparer les expertises, discuter les offres d’indemnisation et défendre une réparation complète des préjudices subis. Le cabinet est situé au 50 bis avenue de la Grande Armée, 75017 Paris. Vous pouvez le contacter par téléphone au +33 1 84 74 45 75 ou par courriel à contact@rsl-avocat.com.
En savoir plus sur la nomenclature Dintilhac
Pour approfondir les différents postes de préjudices, vous pouvez consulter les autres articles consacrés à la nomenclature Dintilhac et à l’indemnisation du dommage corporel.

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